|
Page 2 de 3 Toc toc. « Pardon madame ! Nous sommes désolés de vous presser mais il faut vraiment qu’on s’installe », entendit-elle derrière la porte. Sa colère était tombée et elle lança : « J’ai fini! », puis glissa les morceaux dans sa poche, avant de faire un dernier tour dans la chambre. « Ne vous inquiétez pas, vous avez tout le temps de vous reposer », dit-elle en sortant au jeune homme et à sa compagne. « Lorsque j’ai fait l’ascension, je me rappelle que je trouvais même que les premiers jours étaient trop faciles, pas assez sportifs. Mais surtout, gardez vos forces, allez le plus lentement possible. Écoutez les guides locaux. C’est ce qui vous permettra d’arriver en haut! » En leur parlant, elle sentit confusément des souvenirs pointer, qu’elle s’empressa de noyer dans une brume épaisse, comme si elle savait qu’ils ne lui apporteraient rien de gai. « Merci du conseil, madame. » « S’il vous plaît, appelez-moi Aurèle. J’ai 43 ans mais j’aime autant qu’on ne me le rappelle pas trop souvent. » Et elle s’éloigna à travers le jardin, laissant les deux arrivants perplexes. Finalement, Aurèle ne s’était même pas rendu compte qu’elle avait traversé tout le parc avec ses bagages tant elle était concentrée sur sa découverte. Mais qui avait bien pu prendre ce cliché ? Surtout pour le déchirer ensuite, et le laisser dans son tiroir… Quel que soit le bout par lequel elle la prenait, cette histoire était vraiment absurde. Ce n’est qu’une fois assise sur son nouveau lit qu’elle revint un peu à son environnement. Par sa fenêtre, elle voyait – chose extrêmement rare ! –la cime du Kili. Passé neuf heures du matin, il était presque toujours perdu derrière un horizon de nuages. Et là, les éternelles neiges brillaient, et leur tranquille majesté remettait chaque chose à sa place. Elles avaient toujours été là, et le seraient encore si longtemps qu’on pourrait dire pour toujours. Aurèle adorait le nom du sommet : Uhuru Peak. Cela ressemblait au cri du loup, seul dans le froid, priant le ciel. Le frisson qui la parcourut la ramena en arrière, quand avec Joannie elles préparaient leur sac pour le grand départ. Les alléger au maximum pour les porteurs, vérifier les vêtements– il en fallait tant, pour le trop chaud comme le très froid. Joannie avait l’air si sérieux. Elles étaient vraiment motivées pour arriver au sommet, mais autant Aurèle était volubile et enthousiaste, autant son amie s’était montrée calme et posée. Ce qui aurait dû l’alerter.
|