Petits Textes Entre Amis Sourires en coin De la couleur des choux
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De la couleur des choux
2 - A qui la fête ?
3 - Les rayons de couleurs
4 - Naissance d'une griffe
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 moue d'elfe
1
Une paillette

 

 

"Mais qu'est-ce que je vais faire de ça? "

Elle se concentra une fois encore sur l'enveloppe cadeau au papillon, pailletée. Si cela avait été quelqu'un d'autre que sa soeur, elle se serait probablement vexée, cachée derrière une tirade sar-caustique : " c'est quoi, un bon pour un relooking? Tu veux que je me transforme en Betty boop??? Ca va merci, je sais me déguiser toute seule - ces trucs là c'est pas vraiment pour moi, je ne suis pas mode, pas mannequin, et puis c'est un peu superficiel, non ?"...

 

En songeant furieuse, quoi, qu'est-ce qui ne va pas chez moi, c'est bon, j'ai assez de complexes comme ça, pas la peine d'en rajouter. En rajustant inconsciemment ses cheveux derrière ses oreilles, comme à chaque fois qu'elle était irritée.
Puis en cachant à nouveau ses énormes feuilles de chou.
D'accord, un rien exagéré: plutôt chou de Bruxelles.
Mais une soeur, parfois, vous connaît mieux que vous même.

 Maintenant, à l'abri de son intérieur encombré, confortable, délicieusement dépareillé, face à la carte de visite un peu énigme-magique, il allait falloir se débrouiller toute seule.
Zut.

C'est vrai que ce n'était pas marqué relooking. C'était simple et pétillant. Un peu de couleur, un trait de lumière.
Souriant.
Mince alors.

Une question essaye d'attirer son attention: Hey ! Misstinguette! Est-ce que tu as envie de t'occuper un peu de toi ? Tu le sais bien, cette image, ton image, elle te mène par le bout du nez !
Zut zut zut. Aucune idée.
Commence par téléphoner, discute avec elle, fais toi justement une idée.
Tente !

Bon. Va pour un appel.


 2
A qui la fête ?

 

 


Elle avait vraiment fait tout ce qu’elle pouvait.

Elle s’était persuadée que son interlocutrice, Caroline, viendrait certainement d’une autre planète, Vénusienne toute droite sortie d’un magazine de papier gala-cé.

Elle avait vérifié qu’elle n’aurait vraiment rien à dire sur elle, elle qui n’avait ni style, ni constance dans son apparence, juste de la cos-mimétique et des coups de tête inexplicables, qui finissaient reniés dans une contrée reculée de la penderie.

Elle était sûre qu’à peine entrée dans l’Atelier, elle arrêterait de rêver éveillée, et qu’elle se retrouverait « comme une poule regarde un taille crayon ».

Eh oh! Avoue! Tu étais toute sourire d’aller faire ton Bilan d’image après ce coup de fil, alors rêve encore un peu !

Et rien n’avait tourné comme prévu.

La Vénusienne, à part être vêtue de vert, avait tout de la Terrienne pur souche : les pieds sur terre et le sixième sens en bandoulière. Elle parlait la même langue et, mieux : elle écoutait ! Ou plutôt, elle arrivait par un enchantement imperceptible à faire que parler de soi devenait le sujet le plus simple et essentiel qui soit.

Quadruple zut.

Et alors… se fut sa fête ; une volée de mots sérieux ici, une brassée d’émotions rieuses là ; tout tournait autour de sa planète et de ce qu’elle y avait fait pousser, et qu’il suffisait de cueillir et de croquer avec appétit.

Les choux arrivèrent tout naturellement au menu de la conversation, et à sa grande surprise, se mirent à réclamer justice et considération. Après tout, pour les apprécier il suffisait peut être juste des les accommoder à un seul goût : le sien ! Et d’arrêter de ne cuisiner qu’en fonction des autres…

Elle quitta l’Atelier à regret. Sa lumière et son miroir, son café et ses promesses. Perplexe.


« C’est bien moi quand je me pince, et je n’ai qu’une envie, c’est de rattraper ce reflet qui se permet de parler en mon nom.»

Déterminée.


  3
Les rayons de couleurs.

 



« Mot d'ordre : s'amuser! »

Elle se pinça les lèvres pour retenir un wagon de zut lancé à pleine vitesse – euh, oui, bien sûr , elle n'était pas du tout venue avec l'état d'esprit que cela allait être difficile, qu'il faudrait prendre sur soi, comprendre avec douleur comment elle en était arrivée à tant de malentendus avec la Penderie de la Morosité...

Oh mais quel rabat-joie pour elle-même celle-là!!! Ouvre tes globes! Une douche lumineuse parfaite tombe de la fenêtre, des trousseau de couleurs n'attendent que toi sur la coiffeuse et une complice bienveillante va t'aider à te trouver! Va jouer !

 

D'accord. Une grande image à colorier, c'était peut-être bien ce dont elle avait besoin.

Et c'était tout-à-fait ça : jouer avec les teintes comme avec des crayons, grimacer quand ça ne lui plaisait pas, se couler dans des nuances ouatées, se piquer à des tons acidulés, hésiter, cligner des yeux, pencher la tête en connaisseuse...

Avec l'agréable surprise que, oui, il y avait bien des certitudes sur lesquelles s'appuyer!
Ah les bruns, des amis sûrs.
Le noir, à modérer ou à accompagner.
Les pastels... à trier sur le volet.

Un invité inattendu l'avait cependant intriguée : le rose. Quelques-uns de ses comparses avaient défilé avec audace et réussite jusqu'aux rouges, plus familiers.

 

Les uns brandissaient des noms à croquer : saumon, cannelle, cerise.., les autres à s'accommoder : pain brûlé, cramoisi...

Elle dut reconnaître que du rose elle en portait déjà tous les jours. Si, juste là : beige-rosé 001 de C'est Tout Moi, c'était pile la couleur de sa bouche. Difficile de continuer à l'ignorer.


A la fin de la séance, la glace était devenue une alliée col-auréolée de bonne humeur, ce qui était un peu insolite et très revigorant. Elle l'aurait bien emmenée sous son bras, pour prolonger un peu ce moment de douce ivresse. Mais Caroline avait de la ressource (et la tête sur les épaules pour son prochain rendez-vous) et lui promit une palette juste pour elle très rapidement.

Ciao, ciao, d'accord. Vivement la prochaine séance alors.

 

La palette arriva gavée de tons appétissants. Elle s'enthousiasma et s'attaqua au bazar chamarré de la Penderie de la Préhistoire, pour y voir plus clair. Une grande réussite en très peu de temps : on se serait cru au Bonheur des Dames, chez Zola. Presque. Enfin, suffisamment pour oublier de s'interroger sur la couleur des choux, et pour constater que du brun et du rouge il y en avait déjà des kilos partout.

Au prochain vêtement, il faudra faire un peu dans la diversité ma grande.

Bleu canard ou aubergine.


4
Naissance d'une griffe



C'était une sensation rare et prodigieuse : la toute-puissance devant les étals étourdissants des Galeries Perlatête.

Comprendre ce qui dans ce portant de combinaisons alléchantes la faisait tiquer malgré tout.

Résister à la tentation de s'offrir un de ces hauts-riginaux qui viendrait gonfler la pile « T-shirts à bretelles adorables » . Celle-là même qui peinait à s'afficher, par manque cruel de veste à y marier.

Brandir triomphalement la veste jusqu'alors introuvable, dénichée à coups de regards perçants dans un présentoir en embuscade.

 

Simple, bête, et marrante; qui avait tout pour elle, de la matière à la longueur, en passant par les souvenirs qu'elle évoquait sur son tissu, un vague M ravivant une virée barcelonaise. Le petit plus qu'il lui fallait pour être tout-à-fait décidée.

La même femme qu'avant. Mais tellement bien dans ses basse-couettes.

Elle gloussa en son for intérieur, en se rappelant que jusqu'au bout elle avait été sceptique.

D'accord, décoder d'où elle partait et révéler son désir qu'elle ne savait même pas définir au départ, relevait d'une prouesse d'accompagnante que la pétillante Vénusienne avait parfaitement maîtrisée l'air de rien. Oui, trouver ses couleurs lui avait paru miraculeux, tant rien chez elle ne paraissait suivre une quelconque logique, ni dans ses goûts, ni dans ses teintes naturelles.

Mais elle savait pertinemment qu'on ne pouvait pas décrire le style de quelqu'un qui n'en avait pas, fusse-t-on une artiste en la matière.

Et là, devant une tasse aux fumerolles caféinées, écoutant fascinée la restitution limpide de Caroline, elle avait compris.

Qu'elle ne savait rien du tout.

Et que tout était là, prêt à être porté, comme une peau parfaitement ajustée car faite de la même essence qu'elle. Elle entendit comment elle revêtait avec cohérence les facettes qui soutenait son image, sa façon de l'aimer, de la cacher, de l'embellir et de la détester.
 

Elle avait sa patte bien à elle.

Qu'elle passait sur l'oreille parfois.

Sa griffe.

Tremblez en vos allées, Galeries d'Opérettes. La femme aux feuilles de choux chatoyantes et félines ne redoute plus rien.

 

FIN

 


 

 

 
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